Muziq, le site qui aime les mêmes musiques que vous
Muziq News

Adrian Younge : soul sulfureuse sur grand écran

S’il ne jure que par la soul produite de 1968 à 1973 (on ne peut pas faire plus précis !), Adrian Younge est très loin de surfer sur la vague du revival insipide. Le deuxième volume de “Something About April” en témoigne largement. Adrian Younge est un explorateur qui défriche et expérimente à souhait. Il dépoussière la soul avec brio et n’hésite pas à la nourrir d’un souffle ultramoderne.

YOUNGE Photo XDRIl en a fait des choses Adrian Younge depuis quinze ans. Producteur, chef d’orchestre, compositeur, multi-instrumentiste, directeur de son propre label (Linear Labs), il est également propriétaire d’un barber shop couplé d’un disquaire à Los Angeles. A 38 ans, on lui doit la BO du film de Scott Sanders, “Black Dynamite” (2009) et la résurrection du groupe mythique The Delfonics (2013). Et puis, son parcours laisse une place très large au rap. Il a composé pour l’un des membres du Wu-Tang, Ghostface Killah, en plus de collaborations avec DJ Premier, Jay-Z, ou le groupe Souls Of Mischief. Mais ne voyez-pas en lui un beatmaker abonné à l’échantillonnage outrancier. À la dictature du sample, il préfère compos originales et accords authentiques.

Mais revenons-en au présent. “Something About April II” est un disque cinématographique à la dimension érotique indéniable. Notons La Ballade, titre hommage à Gainsbourg chanté en français par Laetitia Sadier du groupe Stereolab, Step Beyond (duo de Miss et du sacré lover Bilal) ou Ready To Love. On plonge dans une production blaxploitation qui met en scène une plantureuse Pam Grier, se dorant au soleil, cocktail à la main, mais le flingue pas très loin. C’est que l’album donne à entendre une dark soul aux accents psychédéliques qui laissent présager d’une baston imminente. Dès le premier morceau, Sitting By The Radio (chanté par Loren Oden) on se dit que Raphael Saadiq peut aller se rhabiller. Eh bien il se trouve que l’auteur de “Stone Rollin’” fait aussi partie du casting sur le titre électrisant Psalms.

YOUNGE PochetteQuelle histoire se cache entre Adrian Younge et le mois d’avril ? Notre coup de cœur s’intitule d’ailleurs Winter Is Here (interprété par Loren Oden et la chanteuse israélienne Karolina). Rien à voir avec avril donc… Sur le premier volet, on retrouvait déjà l’éponyme Something About April, entre chant d’opéra à faire pleurer et titre ressuscité de feu Donny Hathaway – il faut dire que Loren Oden a une voix qui ressemble étrangement au complice de Roberta Flack… Cette fois, place au tout aussi lyrique April Sonata sans doute attribué à la scène d’une fiction où le personnage principal se retrouve au pied du mur, dans une situation inextricable. Une scène qui porte tout le suspens de l’intrigue avant le dénouement prévu deux morceaux plus tard (notre personnage réfléchit d’ailleurs sous la pluie !). C’est qu’on ne vous l’a pas dit, ce disque a été imaginé comme la bande originale d’un long-métrage imaginaire. Il serait bien dommage de passer à côté de cet opus-movie ô combien exquis, et outrageusement sexy !

CD “Adrian Younge Presents Something About April II” (Linear Labs / Differ-Ant)