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Iggy Pop « Le jazz a changé ma vie »

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Happy birthday, James Newel Österberg Jr., alias Iggy Pop ! En 2009, l’Iguane, qui vient de fêter ses 68 ans, décrivait à Muziq les origines de Préliminaires, son projet commun avec Michel Houellebecq, et en profitait pour effectuer son coming-out jazz. Flashback.

Muziq : Peu de gens savent que le jazz a toujours été une passion pour vous.

Iggy Pop : Absolument. Autour de mes 18 ans, j’ai décidé que j’allais faire de la musique mon métier et ma vie. Ce n’est qu’après avoir découvert combien les gens étaient horribles que j’ai dû me transformer en cette créature qui chantait avec les Stooges. Le public ne voulait pas d’une personne réelle. Ce qu’il voulait, c’était un monstre (rires) ! C’était un peu comme si je n’avais eu que deux registres tout au long de ma carrière : « haaaaaann » (il marmonne à voix basse) et « hiiiiing » (il imite une guitare électrique). Aujourd’hui, quand je suis chez moi, j’écoute davantage Louis Armstrong, Miles Davis, Léo Ferré, Juliette Gréco et des chants liturgiques syriens, des chansons de cérémonies traditionnelles haïtiennes. Par contre, passez-moi du Link Wray (il simule le trémolo d’introduction de Rumble) quand vous voulez ! . Dans les années 1960, j’étais dingue de Coltrane, Archie Shepp, Paraoh Sanders, Miles Davis… La musique qui a changé, et même élevé ma vie, c’est le jazz. Une fois qu’un genre est défini et catégorisé, les pires musiques du monde rejoignent ce qu’on appelle le jazz, le rock ou le blues. Quand on parle du meilleur rock du 20ème siècle, Elvis Presley, les Stones et les premiers Beatles, on renvoie obligatoirement aux pionniers, Little Richard, Chuck Berry et Ike Turner qui viennent du blues. Mais quand on prend en compte le jazz de la Nouvelle-Orléans, et même les premiers groupes de rock de la Nouvelle-Orléans comme les Showmen ou Fats Domino, on se rend compte qu’ils jouaient un rock plus léger, et que leurs sections de cuivres s’inspiraient directement du jazz. De plus, au début du jazz, tous ces musiciens étaient des punks. Ils s’habillaient bizarrement. Jerry Roll Morton décrivait ces types qui se promenaient dans la rue avec des chaussures qui contenaient des petites ampoules. Ils avaient un petit interrupteur et dès qu’ils voulaient impressionner une nana, ils allumaient l’ampoule (rires) ! Ils étaient sexe, drogue et rock’n’roll avant l’heure.

Vous décrivez souvent les Stooges comme un groupe « progressif », car aucun de vos quatre albums ne se ressemble. Avec du recul, pouvez-vous dire la même chose de votre discographie solo ?

Well… J’ai toujours essayé d’aller plus loin, mais je me suis souvent planté (rires). Parfois, on m’a forcé à me conformer à la recette Iggy_Pop_Zombie_Birdhousecommerciale du moment. Dans ces cas-là, j’essayais toujours d’apporter quelque chose de plus personnel. J’ai dû souvent faire des concessions, mais plus globalement, j’ai enregistré plus de 300 chansons, et je crois que je ne m’en suis pas trop mal tiré… Je me suis donné beaucoup de mal sur Zombie Birdhouse. Par contre, prends une chanson comme Candy sur l’album Brick By Brick : j’ai essayé de réécrire une chanson des Beatles, et tout le monde n’y a vu que du feu. À côté de ça, j’ai tenté d’autres choses sur un titre comme Butt Town, qui est selon moi une assez bonne description de la société de l’époque. Il y a eu aussi des moments de ma vie où j’étais tellement raide que je en savais plus ce que je faisais. Par exemple, à l’époque de Party, j’ai laissé Yvan Kral écrire la musique qui figurait sur l’album, et son style était très proche d’une formule assez banale. Il y avait malgré tout quelques bons titres sur ce disque. Je me souviens des textes de Bang Bang, dont les paroles prédisaient déjà l’écroulement de l’économie mondiale. C’est une chanson très nihiliste. J’avais senti le vent tourner. Pleasure était pas mal aussi. J’étais très content du travail des Uptown Horns sur ce titre, personne ne les avait encore utilisés de cette manière sur un disque de rock.

Avez-vous d’autres projets en dehors de la musique ? Peut-être écrire une suite à votre autobiographie I Need More ?

Jazz EarJe crois qu’écrire un putain de vrai bon livre peut causer certains dégâts. Tous les meilleurs écrivains sont des alcoolos (rires) ! Je ne sais pas si j’aurai la patience à nouveau d’écrire un livre. Pour être franc, je ne pense pas me réveiller un matin dans la peau d’un romancier de haut niveau. Mon background littéraire, c’est plutôt (il se met à réciter lentement) : « See that cat on her back ? She’s got the TV eye on me » (rires). C’est nettement plus intéressant d’entendre ça avec les Stooges en fond sonore que de lire ça sur une page d’un livre relié ! Non, je préfère lire ceux des autres. J’ai deux livres de chevet en ce moment : The Jazz Ear de Ben Ratliff, qui écrit très bien sur le jazz. Il a aussi écrit une superbe biographie de John Coltrane. Très intellectuel et très musical… J’adore également celui de Timothy Brook, Vermeer’s Hat, dans lequel un professeur d’histoire ancienne chinoise vous emmène dans les peintures de Vermeer et vous explique en même temps la communication, le langage, les guerres et l’économie mondiale. Pointu, le gars, hein ?